Vous autres, fils ingrats de votre patrie, qui ne vous lassez par de fantasmer sur le pays de l'Animation, seriez bien étonnés de voir à quel point notre bonne vieille France y est synonyme de prestige et de raffinement. Aussi était-il inévitable que le roman national le plus vendu au monde trouve son adaptation dans ce milieu honni. Voici donc le Compte de M.C. - ou le plus surprenant mélange de prestance franchouillarde et de finesse nipponne.
Pour dire vrai, ce qui m'a poussé vers cette série n'est rien de moins que sa chartre graphique, qui frise la provocation kitsch : des personnages aux traits épurés sur lesquels viennent se coller telles quelles des textures *fixes* dont le style "Rococo" défie tout équivalent. A la première vision, on se dit que l'on ne va pas supporter ce "grandiose foutage de gueule" sur 24 épisodes sans craindre la crise d'épilepsie ; pourtant... l'utilisation qui en est faite est loin de tutoyer provocation imbécile qui caractérise nos Grands Couturiers, et c'est finalement l'esthétisme Classique et Classieux qui triomphe, aussi artificiel (et culotté) que soit ce procédé. Et même : contrairement à ce que l'on pourrait croire,
cela rend les personnages bien plus vivants et palpables qu'ils ne le seraient dans un animé classique - c'est, en quelque sorte, un façon d'"aller à l'essentiel" de par la seule réalisation. Entre nous, je suis conquis.
Mais parlons-en, justement, de ces personnages. En surface, on trouverait l'adaptation presque parodique, voire douteuse : le Compte a la coloration blafarde et le timbre guttural d'un vampire roumain, du fait qu'il ait passé un pacte avec le Grand Satan qui donne son nom à la série (ayant ceci de particulier qu'il s'exprime dans la langue de Molière - suprême raffinement nippon), et le personnage principal n'est rien de moins que le fils de l'infâme Mondego (oui, Mesdames). Cependant et toutefois.. Edmond Dantès est l'antithèse complète de l'Alucard - d'une certaine série à la médiocrité avérée. On le verra tout à tour omnipotent, ténébreux, cabotin, janséniste, inhumain, machiavélique, mais jamais -
cruel. Je parle bien de cette pauvre "cruauté" qui se veut caractériser l'antagoniste aux prétentions théâtrales : théâtral, M.C. l'est, mais de façon profonde et intrinsèque. Sa relation avec le jeune héros s'apparente à un remake poussé de la Belle et la Bête (sans connotations yaoistes), et c'est bien cette Force dans la personnalité que l'on retiendra derrière tout ce tintamarre tragicomique/parodique. (Même Cavalcanti, dans cette scène innommablement caricaturale où il lèche son sang mêlé d'éclat de verres, à de quoi surprendre.) Seul l'épilogue, nous présentant des personnages "shootés" au point d'être sujets à un évanouissement orgasmique au moindre effleurement de peau, peut véritablement décevoir. Cela n'entachera cependant pas l'édifiante impression que laissera cette pièce (de maître), "pile" artificiel/kitsch, "face" imposant et grave.
Je m'enflamme plus que raison, mais disons que si ce n'est pas un nouvel Evangelion, on s'approche bien plus du Last Exile que du "Hellsing" exécrable. Une série qui s'avère finalement classique, certes, mais qui met en scène des caractères magistraux et possède quelques morceaux de choix qui frôlent l'anthologie. Cela vaut largement les 38€ d'amende (-dixit nouvelles mesures) dont on écopera potentiellement en se le procurant (car, fin du fin, voilà qui est assurément trop "francisant" pour être sorti en France).
Petit diaporama flattant l'esthétique de la chose :
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Et pour finir, quelques captures :
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http://membres.lycos.fr/arkhitude/gank/[/spoiler]