Ce film fait suite à la série Full Metal Alchemist. Attention, contient du spoiler.
[spoiler]Rappelons brièvement les faits qui concluent la série : Edouard est parvenu à rendre son corps à Alphonse - ce qui lui a fait franchir la Porte entre le monde des alchimistes et le nôtre. Il rêve de retourner chez lui afin de retrouver son frère, et pour ce faire s'intéresse à la fuséologie.
Nous le retrouvons donc en Allemagne, au début des années 20. Ainsi que nous l'avions appris dans la série, chaque personne possède un "double" dans l'autre monde ; Edouard collabore avec celui d'Alphonse dans ses recherches scientifiques. Recherches qui intéressent des gens pas forcément bien intentionnés...
Le scénario de Conqueror of Shambala est un cas d'école de la mauvaise façon de faire une suite : au lieu de prendre ce qui précède (la série) et de travailler pour se placer dans la continuité de l'oeuvre, on n'hésite pas à bidouiller et modifier même des éléments pourtant fondamentaux afin de les adapter à l'idée retenue. Nous assistons à un festival de contradictions avec la série, d'irrespect du caractère et de la mentalité des personnages... Quelques exemples.
- Les homonculus, l'un des intérêts majeurs de la série, sont proprement massacrés, que ce soit dans la forme ou dans le fond. Wrath s'offre en ami sacrificiel d'Alphonse, Glutonny s'est découvert une passion pour le hentai tentacules et a subi des opérations chirurgicales pour ressembler à ses nouveaux héros, Envy se passionne pour son job de pièce de mobilier...
- Le fonctionnement de la Porte et des "diablotins" noirs qui se tiennent dedans est incohérent, ces derniers s'agglutinant ou ignorant les "passagers" sans aucune logique...
- L'alchimie marche dans notre monde, elle est utilisée par Hohenheim pour ouvrir la Porte. Aberrant ? Je ne vous le fais pas dire.
- Puisque nous parlons du père des frères Elric, Hohenheim est particulièrement gâté : en plus de la trépanation qu'il a subi (seule explication possible pour un changement de mentalité tel qu'il le montre entre la série et le film), il catalyse l'idée bancale sur laquelle repose le scénario (vouloir à n'importe quel prix permettre à son fils de retourner chez lui)...
"Heureusement pour nous, il ne meurt pas si facilement."
, ou la version locale du "J'étais mort mais ça va mieux.".
Hohenheim, c'est pas celui qui symbolise la sagesse en alchimie dans la série ? Si ? Ah ben il a bien changé...
Bref, le "out of character" règne en maître et la structure cohérente soigneusement développée pendant une cinquantaine d'épisodes sur les limites et les lois de l'alchimie est envoyée au diable.
Malgré cela, le scénario nous propose quelques éléments particulièrement intéressants. Par exemple, le traitement du double de Rose dans notre monde, une bohémienne nommée Noa, par l'intermédiaire duquel sont démêlés les sentiments amoureux d'Edouard, partagé entre Winry et Rose pendant la série.
Un des rares bons points du film : le personnage de Noa.
Un des points forts du film est son traitement historique de l'Allemagne des années 20. Manifestement bien documenté, le film se montre excellent sur ce point. La date du 8 novembre résonne à travers tout le film...
Le putsh "de la brasserie", la tentative de coup d'Etat du partie nazi, sert de trame au film... et est un des quelques éléments qui sauvent le scénario de l'indigence la plus totale.
La volonté de donner une idée de ce qui est arrivé à tout le monde après le dernier épisode de la série gâche cependant ces rares bonnes choses, transforment le film en galerie de portraits aussi fragmentaires que mal intégrés. Du fan-service ? Non, à peine.
Nous regretterons également que le film passe à côté d'une des bonnes idées de la série quant aux conventions graphiques, le monde des alchimistes apparaissant très "coloré", le nôtre plus terne, ceci permettant de travailler leurs atmosphères respectives et de jouer subtilement sur les différences. Ici, aucun effort n'a été fait à ce niveau...
La bande-son n'est pas mauvaise mais il n'y a franchement pas de quoi se relever la nuit.
Pour le mot de la fin, j'emprunte la formule de BDN : "Le film effleure la médiocrité, mais évite de justesse d'y tomber."[/spoiler]
Pour ceux qui souhaitent le voir,
voici un lien.